{"id":1224,"date":"2019-12-23T17:01:49","date_gmt":"2019-12-24T01:01:49","guid":{"rendered":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/?p=1224"},"modified":"2019-12-23T18:50:24","modified_gmt":"2019-12-24T02:50:24","slug":"christmas-at-the-farm","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/christmas-at-the-farm\/","title":{"rendered":"No\u00ebl \u00e0 la ferme \u00a9"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un an apr\u00e8s son arriv\u00e9e, Marie pr\u00e9pare nos bagages et je rentre chez elle pour No\u00ebl. Marie \u00e9tait la nounou de mon plus jeune fr\u00e8re. \u00a9 (Extrait non \u00e9dit\u00e9)<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous voyageons en train, juste Marie et moi, avec nos bagages et un sac \u00e0 main rempli de sandwichs, de fruits et de deux thermos, l&#039;un rempli de chocolat chaud, l&#039;autre de caf\u00e9. De mon si\u00e8ge, pr\u00e8s de la fen\u00eatre, je d\u00e9couvre la campagne. Les arbres d\u00e9nud\u00e9s, tristes, s&#039;alignent le long des routes et, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, des fermes pars\u00e8ment les champs. Dans les villages, je vois des enfants, n\u00e9gligeant leurs chaussures et leurs v\u00eatements, sauter dans les flaques d&#039;eau. Un faible soleil d&#039;apr\u00e8s-midi appara\u00eet bri\u00e8vement puis dispara\u00eet derri\u00e8re un ciel gris et lourd \u2013 promesse de neige.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">En arrivant \u00e0 la ferme, la porte d&#039;entr\u00e9e s&#039;ouvre en grand. Jo\u00eblle, la petite s\u0153ur de Marie, de deux ans mon a\u00een\u00e9e, court, manteau d\u00e9boutonn\u00e9. Elle saute sur Marie : \u00ab Marika ! Marika ! \u00bb Elles se serrent dans les bras. Marie la boutonne, lui remonte sa capuche. \u00ab Amusez-vous bien, les filles ! \u00bb Jo\u00eblle, blonde d\u00e9lav\u00e9e aux yeux saphir, ricane, ravie d&#039;avoir une compagne de jeu pour deux semaines. Il fait presque nuit. Elle glisse sa main dans la mienne et nous courons \u00e0 travers la ferme. Instantan\u00e9ment, mes chaussures sont pleines de boue. Dans l&#039;\u00e9table, les animaux m\u00e2chonnent leur nourriture du soir, leurs t\u00eates pivotent et se tendent vers nous. Elle caresse la vache, puis le cheval. Appr\u00e9hensive, je recule. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\"> Nous quittons la grange et traversons la cour pav\u00e9e en direction de la maison. Puis, les mains froides et les chaussures sales, nous entrons dans la cuisine. L&#039;odeur de la soupe de l\u00e9gumes d&#039;hiver qui mijote sur le feu nous parvient. J&#039;ai faim. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">Marie a d\u00e9j\u00e0 dress\u00e9 la grande table de la ferme pour le d\u00eener. Elle me tend mes pantoufles, sorties de nos bagages. Sa m\u00e8re cuisine et pr\u00e9pare le repas. D\u00e8s que nous entrons, elle s&#039;arr\u00eate et s&#039;agenouille pour me serrer dans ses bras. Elle me regarde dans les yeux et sourit. Mes bras s&#039;ouvrent grand et se serrent derri\u00e8re sa nuque. C&#039;est aussi ma maison. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">Ses deux fr\u00e8res entrent apr\u00e8s nous, suivis de son p\u00e8re. Il a la silhouette sombre, porte un pantalon et une veste sombres, qu&#039;il enl\u00e8ve et pose sur sa chaise, en bout de table. Cheveux argent\u00e9s et yeux bleu p\u00e2le, il parle peu et m&#039;intimide. C&#039;est \u00e0 cause de son p\u00e8re que Marie m&#039;a emmen\u00e9e avec elle. Il veut qu&#039;elle reste. Elle, non. Il a besoin de plus de main-d&#039;\u0153uvre \u00e0 la ferme. Je suis trop petite pour \u00eatre renvoy\u00e9e seule chez moi en train. Ma m\u00e8re avait donc tout organis\u00e9 et tout s&#039;est bien pass\u00e9, sans savoir que ce seraient les meilleures vacances de ma vie. J&#039;ai quitt\u00e9 ma famille pour la sienne. J&#039;ai jou\u00e9, jou\u00e9, jou\u00e9 encore.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\"> Marie avait laiss\u00e9 deux fr\u00e8res. L&#039;a\u00een\u00e9 est venu nous chercher \u00e0 la gare. Gentil et joueur, le plus chaleureux des grands fr\u00e8res. Un \u00e0 la fois, il nous prend, Jo\u00eblle et moi, dans ses bras et nous lance en l&#039;air. Le but : atteindre et toucher le plafond. Excitant et effrayant \u00e0 la fois. Mais il nous rattrape toujours. C&#039;est nouveau pour moi ; je peux jouer avec ce grand fr\u00e8re et je sais que je peux lui faire confiance. Puis, apr\u00e8s quelques tours, il d\u00e9clare :<\/span><\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab<span style=\"font-size: medium;\">Vous, les filles, vous grossissez de jour en jour. Plus de desserts pour vous deux. Je suis tellement crev\u00e9 ! Il s&#039;effondre sur une chaise, mimant l&#039;\u00e9puisement. Mais Joelle et moi sautons sur ses genoux. Pas de r\u00e9pit pour les courageux, car nous le tirons alors par les bras et commen\u00e7ons une partie de cache-cache.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">Le cadet, plus discret, vit un peu dans l&#039;ombre de son fr\u00e8re. Chaque matin, il tire mes tresses, puis s&#039;assoit en face de moi. Les coudes sur la table en bois, il tient \u00e0 deux mains un bol de caf\u00e9 noir qu&#039;il boit, \u00e0 petites gorg\u00e9es, les yeux fix\u00e9s sur moi par-dessus le bord fumant de son plat en c\u00e9ramique. J&#039;y trempe mon <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>tartines<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> De pain, de beurre et de confiture dans mon bol de lait chaud. Il me fait un clin d&#039;\u0153il. Je lui souris, une ombre blanche de cr\u00e8me au-dessus de ma l\u00e8vre sup\u00e9rieure. Plus tard, il prend sa veste d&#039;hiver et j&#039;attends qu&#039;il siffle en quittant la maison pour aller travailler. J&#039;aime bien les fr\u00e8res de Marie. Ils appr\u00e9cient la pr\u00e9sence de deux petites filles autour d&#039;eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">Le soir, sans t\u00e9l\u00e9 \u00e0 la maison, nous nous installons autour de la table de la ferme et jouons \u00e0 \u00ab La Bataille \u00bb, un jeu de cartes. Quand Jo\u00eblle et moi allons nous coucher, fatigu\u00e9s de notre journ\u00e9e, les adultes installent un jeu de soci\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le Nain Jaune\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Les Petits chevaux\u00a0\u00bb, trop compliqu\u00e9 pour mon \u00e2ge. Jo\u00eblle et moi partageons le m\u00eame lit. Nous discutons, nous nous tenons la main et nous nous endormons dans les bras l&#039;une de l&#039;autre, la lumi\u00e8re allum\u00e9e. Marie partage la m\u00eame chambre et, lorsqu&#039;elle rentre, nous dormons profond\u00e9ment. Ses deux fr\u00e8res partagent la chambre adjacente et ses parents dorment en bas.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\"><span style=\"font-size: medium;\">C&#039;est le matin de No\u00ebl ! Jo\u00eblle se l\u00e8ve et descend en courant. Timide, je reste au lit. Je pense \u00e0 <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le P\u00e8re No\u00ebl<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Il ne sait pas que je suis ici, \u00e0 l&#039;autre bout de la France. Il m&#039;a probablement oubli\u00e9e. J&#039;entends du bruit en bas, Marie m&#039;appelle. Un vacarme dans l&#039;escalier et des pas pr\u00e9cipit\u00e9s dans le couloir. La t\u00eate de Jo\u00eblle appara\u00eet \u00e0 la porte de la chambre : \u00ab Descends avec nous ! \u00bb Elle me tire par la main, m&#039;entra\u00eene en bas. Une fois dans la cuisine, elle saute et me pousse en avant. Ma chemise de nuit blanche, toute froiss\u00e9e, m&#039;arrive aux pieds. Mes longues tresses pendent. Le sol est froid sous mes pieds. Tout le monde me regarde. Un fr\u00e8re me fait un clin d&#039;\u0153il et hoche la t\u00eate, un sourire aux l\u00e8vres. L&#039;autre me tend une grande bo\u00eete avec mon nom, \u00e9crit \u00e0 la main au crayon. J&#039;ouvre le cadeau et l\u00e0\u2026 les yeux grands ouverts, une poup\u00e9e me regarde. <\/span><\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab<span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Elle est magnifique ! \u00bb me murmurai-je. V\u00eatue d&#039;une tenue courte \u00e0 carreaux verts, en plastique dur et cassant \u2013 rien \u00e0 voir avec les luxueuses tenues que j&#039;ai chez moi, douces et souples. Je l&#039;admire. Sous mes doigts, ses cheveux r\u00eaches sont comme du coton. Je la sors de sa bo\u00eete et me mets \u00e0 danser dans la pi\u00e8ce. Jo\u00eblle me rejoint avec sa poup\u00e9e identique, habill\u00e9e en bleu. Nous nous faisons face, nos jumelles se font face aussi et nos quatre mains les tiennent. \u00c0 quatre, nous dansons en rond. Le plus doux matin de No\u00ebl de tous les temps. No\u00ebl n&#039;\u00e9tait pas une grande mise en sc\u00e8ne, nous avions un cadeau chacune. Cette famille est agr\u00e9able. Je ne me souviens pas si j&#039;ai pris mon petit-d\u00e9jeuner ce matin-l\u00e0. Je me souviens de deux choses : jouer avec Jo\u00eblle et la chaleur qui m&#039;a envahi le c\u0153ur.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Cr\u00e9dits photo : Cottonbro @Pexels.com<\/p>\n<p class=\"western\">","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A year after her arrival, Marie packs a luggage for the two of us and I go home with her for Christmas. Marie was my youngest brother&#8217;s and my nanny. \u00a9 (Unedited Excerpt) We travel by train, just Marie and I, with our luggage and a handbag filled with sandwiches, fruits and two thermoses, one [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_genesis_hide_title":false,"_genesis_hide_breadcrumbs":false,"_genesis_hide_singular_image":false,"_genesis_hide_footer_widgets":false,"_genesis_custom_body_class":"","_genesis_custom_post_class":"","_genesis_layout":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1224","post","type-post","status-publish","format-standard","category-book-blog","entry","has-post-thumbnail"],"featured_image_src":null,"featured_image_src_square":null,"author_info":{"display_name":"Sylvaine Francine","author_link":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/author\/sylvaine\/"},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1224"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1224\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1248,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1224\/revisions\/1248"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}