{"id":710,"date":"2019-05-04T17:34:49","date_gmt":"2019-05-05T00:34:49","guid":{"rendered":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/?p=710"},"modified":"2019-06-08T14:49:26","modified_gmt":"2019-06-08T21:49:26","slug":"paris-1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/paris-1979\/","title":{"rendered":"Paris 1979"},"content":{"rendered":"<p><em>Extrait non \u00e9dit\u00e9 de mes m\u00e9moires \u2013 \u00a92019 Sylvaine Francine<\/em><\/p>\n<p>En revanche, j&#039;avais une belle vie \u00e0 Paris\u00a0: j&#039;\u00e9tais \u00e9tudiant, j&#039;avais un petit boulot et j&#039;avais un chez-moi. En quittant la Rive Gauche, j&#039;ai lou\u00e9 deux chambres \u00e0 la limite du Marais. J&#039;aime bien mon nouvel agencement\u00a0; chaque chambre a une grande fen\u00eatre donnant sur la cour. Loin des boulevards bruyants, j&#039;appr\u00e9cie le calme. Seul b\u00e9mol\u00a0: les deux chambres sont situ\u00e9es aux extr\u00e9mit\u00e9s oppos\u00e9es du septi\u00e8me \u00e9tage. Le matin, je passe d&#039;une chambre \u00e0 l&#039;autre, m&#039;arr\u00eatant aux toilettes communes. Il fait un froid glacial en hiver. C&#039;est la vie de tous les jours \u00e0 cet \u00e9tage.<\/p>\n<p>Sans \u00e9lectricit\u00e9, la premi\u00e8re pi\u00e8ce ne peut accueillir qu&#039;un matelas pos\u00e9 \u00e0 m\u00eame le vieux parquet et mon r\u00e9veil de voyage \u00e0 piles. Mon sac \u00e0 dos est appuy\u00e9 contre le mur et me sert toujours de commode. Le plafond \u00e9tant bas et inclin\u00e9, je me suis cogn\u00e9 la t\u00eate \u00e0 plusieurs reprises, puis j&#039;ai appris \u00e0 la baisser.<\/p>\n<p>Sur le lit, apr\u00e8s le coucher du soleil, j&#039;\u00e9tale mes livres et mes notes de cours et j&#039;\u00e9tudie, appuy\u00e9e contre le mur ou allong\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9. En toute s\u00e9curit\u00e9, je fixe quelques grandes bougies sur un plateau en plastique. Je peux aussi utiliser une lampe de poche si besoin. Dans mon nouveau logement, je porte encore un bonnet et des gants pour me tenir chaud. En \u00e9tudiant sur mon lit, je r\u00e9chauffe mes draps pour plus tard. Je me dis que je n&#039;ai pas besoin d&#039;\u00e9lectricit\u00e9 quand je dors. Adoss\u00e9e au mur<\/p>\n<p>Au bout du couloir, la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce, spacieuse, mesure douze m\u00e8tres sur douze. Elle est \u00e9quip\u00e9e de l&#039;\u00e9lectricit\u00e9 et, dans un coin, d&#039;un \u00e9vier en c\u00e9ramique blanche et de l&#039;eau froide courante, que j&#039;utilise pour me laver et faire la lessive. Avec son carrelage octogonal rouge au sol et sa fen\u00eatre donnant sur la cour, j&#039;aime cette pi\u00e8ce baign\u00e9e de lumi\u00e8re. Cet espace luxueux est dot\u00e9 d&#039;un petit meuble sur lequel je pr\u00e9pare mon porridge du matin sur mon tout nouveau r\u00e9chaud de camping \u00e0 un feu. L&#039;\u00e9tag\u00e8re en dessous abrite quelques plats. Un mois apr\u00e8s mon emm\u00e9nagement, j&#039;ach\u00e8te au BHV une \u00e9l\u00e9gante estrade blanche stratifi\u00e9e, soutenue par deux tr\u00e9teaux m\u00e9talliques brillants. Il me faut deux voyages pour la porter jusqu&#039;au septi\u00e8me \u00e9tage, mais elle est parfaite pour manger mon porridge, \u00e9crire des lettres et r\u00e9viser. Sur ma table multifonction, j&#039;empile mes livres d&#039;\u00e9cole et tout ce que je veux garder \u00e0 l&#039;\u00e9cart du sol.<\/p>\n<p>Au-dessus, j&#039;ai accroch\u00e9 au mur deux posters de tableaux impressionnistes qui apportent de la couleur \u00e0 la pi\u00e8ce. Je peux facilement ranger ma seule chaise en bois et pliable.<\/p>\n<p>De l&#039;autre c\u00f4t\u00e9 de la cour, deux \u00e9tages plus bas, l&#039;appartement d&#039;un chirurgien offre de nombreux divertissements. Ce grand logement parisien s&#039;\u00e9tend sur tout l&#039;\u00e9tage. Meubl\u00e9 avec go\u00fbt, il me rappelle la maison de mes parents. L&#039;ann\u00e9e derni\u00e8re, la femme du chirurgien s&#039;est suicid\u00e9e et, maintenant que le temps est r\u00e9volu, je le vois parfois danser d&#039;une pi\u00e8ce \u00e0 l&#039;autre en attendant sa petite amie. Je suis heureux pour lui.<\/p>\n<p>Le jeudi apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s mes cours du matin, je retrouve mon tuteur \u00e9tudiant et je pars \u00e0 la recherche de bouteilles en verre le long des quais de Seine ou dans les poubelles des arr\u00eats de bus et des parcs. Je recycle le verre pour gagner de l&#039;argent en nourriture, en sandwich\u00a0; un apr\u00e8s-midi de repos, sans stress, o\u00f9 je prends le temps de vivre, ou peut-\u00eatre simplement de respirer. Le jeudi, je ne travaille pas \u00e0 mon travail de l&#039;apr\u00e8s-midi, j&#039;arrive \u00e0 l&#039;heure \u00e0 mes cours du soir.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Unedited excerpt of my memoir &#8211; \u00a92019 Sylvaine Francine On the other hand, I had a good life in Paris: student with a part time job and a place I call home. When I left the Left-Bank neighborhood, I rented two rooms on the edge of the Marais district. 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