{"id":723,"date":"2019-05-04T17:41:02","date_gmt":"2019-05-05T00:41:02","guid":{"rendered":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/?p=723"},"modified":"2019-06-08T14:31:53","modified_gmt":"2019-06-08T21:31:53","slug":"the-pacific-northwest-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/the-pacific-northwest-2006\/","title":{"rendered":"Le Nord-Ouest Pacifique, 2006\/ Retour en Inde"},"content":{"rendered":"<p><em>Extrait non \u00e9dit\u00e9 de mes m\u00e9moires \u2013 \u00a92019 Sylvaine Francine\u00a0\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Dans cet extrait, venu du Nord-Ouest, nous \u00ab atterrissons \u00bb \u00e0 Bombay, comme disent les Indiens, et \u00e0 Mumbai, comme disent les Occidentaux. <\/em><\/p>\n<p>Je regarde autour de moi dans mon salon, dans cette maison perch\u00e9e au milieu des grands c\u00e8dres. Jette un dernier coup d&#039;\u0153il au front de mer et ferme les stores. De l&#039;autre c\u00f4t\u00e9 du Puget Sound, les lumi\u00e8res vives du centre-ville de Seattle se refl\u00e8tent dans l&#039;eau. Ma poitrine se soul\u00e8ve. Je soupire \u00e0 la vue de mon po\u00eale \u00e0 bois. Il fait froid et humide ici, dans le Nord-Ouest. J&#039;ajoute du bois, je ferme la porte. D\u00e9j\u00e0, le feu cr\u00e9pite et siffle.<\/p>\n<p>Je me pr\u00e9pare d&#039;abord pour aller au lit, ou pour m\u00e9diter, mais \u00e0 la place, je choisis d&#039;\u00e9couter un CD de musique indienne. \u00c7a me semble juste. Apr\u00e8s tout, c&#039;est vendredi. Je n&#039;ai pas \u00e0 travailler demain, et je n&#039;ai pas \u00e0 me pr\u00e9cipiter pour prendre le ferry.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment se d\u00e9roule la vie sur une \u00eele\u00a0: toute la journ\u00e9e est rythm\u00e9e par le ferry, ce petit dictateur de la vie insulaire qui gouverne tout le monde avec son emploi du temps. On se l\u00e8ve et on se d\u00e9p\u00eache, car sinon, on arrive au terminal du ferry face \u00e0 un parking d\u00e9j\u00e0 plein.<\/p>\n<p>Demain, je peux me d\u00e9tendre. J&#039;appuie sur le dernier bouton de mon lecteur CD et monte le volume de Taal d&#039;AR Rahman.<\/p>\n<p>Inde, tu me manques.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res notes r\u00e9sonnent dans ma maison, avec la puissance des voix humaines et le son des tambours. Les cymbales et les notes aigu\u00ebs de la chanteuse me transportent. Soudain, mon c\u0153ur s&#039;emballe. Je me sens soulag\u00e9e d&#039;une lourdeur dont je n&#039;avais pas conscience. Je respire plus profond\u00e9ment et mieux.<\/p>\n<p>La musique indienne me semble juste, une reconnaissance venue du plus profond de mon c\u0153ur, de mon \u00e2me. Elle me transporte l\u00e0 o\u00f9 j&#039;\u00e9tais et o\u00f9 je me sentais appartenir. Les yeux ferm\u00e9s, mon corps se souvient et se met \u00e0 danser, se balan\u00e7ant doucement comme berc\u00e9 par les fluctuations musicales. Chaque cellule de mon \u00eatre r\u00e9agit et m&#039;emporte toujours plus profond\u00e9ment dans mon pass\u00e9. Mes poumons s&#039;emplissent d&#039;un air doux et bienheureux. Mon souffle exalt\u00e9 lib\u00e8re mon esprit. Suis-je en train de flotter dans l&#039;espace ? Autour de moi, les meubles disparaissent. L&#039;\u00e9pais tapis de laine sous mes pieds dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Sous mes pieds, je sens maintenant le sol en marbre\u00a0; je per\u00e7ois les bruits des rues bruyantes de Bombay. Je reconnais l&#039;odeur du chai dans ma chambre, peinte en rouge et donnant sur un marais. De l&#039;autre c\u00f4t\u00e9, de grands oiseaux tournent sans fin autour des grands immeubles. Ma maison dispara\u00eet, mais la musique demeure, les morceaux changent, se succ\u00e9dant dans une s\u00e9quence famili\u00e8re. Je frappe des mains en suivant le rythme. Je plonge encore plus profond\u00e9ment dans le souvenir o\u00f9 la musique me transporte. J&#039;entends chaque battement de tambour, chaque note de musique. Chaque balancement de la m\u00e9lodie m&#039;apporte davantage de joie.<\/p>\n<p>Je sais et je me souviens. C&#039;est \u00e0 la fois r\u00e9el et irr\u00e9el. Je suis de retour \u00e0 Bombay, mais mon corps est toujours dans le Nord-Ouest Pacifique. Pour l&#039;instant, je me laisse porter par le ressenti. Je rejette l&#039;id\u00e9e de la d\u00e9ception qui viendra bient\u00f4t. Les yeux ferm\u00e9s, j&#039;entends les tambours. Je sens l&#039;humidit\u00e9. Je sens l&#039;encens qui br\u00fble. J&#039;ai le go\u00fbt de l&#039;Inde.<\/p>\n<p>Je revis un matin de novembre 2005 \u00e0 Bombay. Dimanche, 7h00.<\/p>\n<p>Il faisait encore chaud et humide. Le ventilateur m\u00e9tallique tournoyait toute la nuit et me gardait presque au frais. J&#039;ai plut\u00f4t bien dormi, en l&#039;absence des meutes de chiens parias. Ils couraient en libert\u00e9 dans les rues la nuit. Ils n&#039;avaient pas mis les pieds dans notre quartier depuis plusieurs jours. C&#039;\u00e9tait presque silencieux. Bien s\u00fbr, le silence n&#039;existait pas vraiment l\u00e0-bas. Dans cette ville qui ne dormait jamais, les t\u00e9l\u00e9phones portables sonnaient dans l&#039;obscurit\u00e9 des rues. Des voix criaient. Les haut-parleurs diffusaient de la musique \u00e0 plein volume, me r\u00e9veillant brusquement \u00e0 deux heures du matin et s&#039;arr\u00eatant brutalement \u00e0 quatre heures. Le soir, la t\u00eate sous l&#039;oreiller, j&#039;essayais d&#039;att\u00e9nuer les hurlements des mobylettes. Dans la rue bord\u00e9e de cassias en contrebas, elles \u00e9vitaient les trous, rugissaient et d\u00e9rapaient. Elles dispersaient des tas d&#039;ordures et disparaissaient pour \u00eatre remplac\u00e9es par d&#039;autres. G\u00e9n\u00e9ralement, l&#039;\u00e9puisement prenait le dessus et je me rendormais.<\/p>\n<p>Surpris par le son d&#039;une musique explosive, je bondis hors de mon lit. C&#039;\u00e9tait le matin. Je m&#039;approchai de la fen\u00eatre grillag\u00e9e et tirai les rideaux bleu fonc\u00e9.<\/p>\n<p><em>Cr\u00e9dits photo\u00a0: Pawankawan de Morguefile.com<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Unedited excerpt of my memoir &#8211; \u00a92019 Sylvaine Francine\u00a0\u00a0 In this excerpt, from the Northwest, we &#8220;land&#8221; in Bombay, as Indians say, and Mumbai, as westerners say. I look around my living room, in this house perched high up among the tall cedars. With one last glance to the waterfront view, I close the blinds. 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