{"id":810,"date":"2019-05-04T20:23:49","date_gmt":"2019-05-05T03:23:49","guid":{"rendered":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/?p=810"},"modified":"2019-05-29T13:18:54","modified_gmt":"2019-05-29T20:18:54","slug":"1978-encounters-india-and-pakistan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylvainefrancine.com\/fr\/1978-encounters-india-and-pakistan\/","title":{"rendered":"1978 \u2013 Rencontres \u2013 Inde et Pakistan"},"content":{"rendered":"<p><em>Extrait non \u00e9dit\u00e9 de mes m\u00e9moires \u2013 \u00a92019 Sylvaine Francine\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Je ferme le portail bas derri\u00e8re moi. Les jumeaux, Nicolas et Marion, courent vers les enfants. Je m&#039;assois sur un banc et pense \u00e0 Sam et \u00e0 India. Nos disputes \u00e0 cause de sa consommation d&#039;alcool les jours o\u00f9 il n&#039;y a ni alcool ni boisson. Nous ne sommes pas partis en bons termes\u00a0; j&#039;\u00e9tais trop f\u00e2ch\u00e9e contre lui.<\/p>\n<p>\u00ab Votre temp\u00e9rament tendu \u00e0 la fran\u00e7aise, un vrai probl\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Votre attitude am\u00e9ricaine d\u00e9contract\u00e9e et indiff\u00e9rente, vous ne trouvez pas que c&#039;est un probl\u00e8me ? La loi de ce pays s&#039;applique aussi \u00e0 vous. J&#039;ai vu les prisons. \u00c7a ne m&#039;int\u00e9resse pas de finir l\u00e0-bas parce que vous ne respectez pas la loi. \u00bb Je me surprends \u00e0 sourire. C&#039;est dr\u00f4le, maintenant que c&#039;est du pass\u00e9. Hors sujet. Je suis si heureuse de rencontrer Sam aujourd&#039;hui.<\/p>\n<p>Je jette un coup d&#039;\u0153il aux m\u00e8res. Poliment, elles hochent la t\u00eate dans ma direction. Je leur fais signe. De l&#039;autre c\u00f4t\u00e9 de la place, j&#039;entends le grincement du portail qui se ferme. Je tourne la t\u00eate et aper\u00e7ois Sam en pull et jean. Il s&#039;approche, un sourire aux l\u00e8vres sur son beau visage bronz\u00e9. \u00ab Salut ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sam ! Salut ! \u00bb je r\u00e9ponds. Je me l\u00e8ve d&#039;un bond. Devant moi, il ouvre grand les bras :<\/p>\n<p>\u00ab Fais-moi un c\u00e2lin ! Contente de te revoir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Salut Sam\u2026 \u00bb Un gros c\u00e2lin et on s&#039;assoit. \u00ab Comment vas-tu ? \u00bb Il garde un bras autour de mes \u00e9paules et croise les jambes au niveau des genoux. \u00ab Tu as l&#039;air un peu fatigu\u00e9. Long vol, hein ?<\/p>\n<p>\u00ab Sans blague. Mais je vais bien, \u00e0 part le froid. Il fait un froid de canard ! Je dormirai bien cette nuit. Et toi, comment vas-tu ? Qu&#039;est-ce que tu fais ? Tu es \u00e0 l&#039;\u00e9cole ou tu fais du babysitting ? \u00bb Les m\u00e8res tournent leur attention vers nous. La langue, l&#039;accent, les mots, son regard, tout cela \u00e9tait typiquement am\u00e9ricain. De quoi discuter.<\/p>\n<p>\u00ab Les deux, en fait. Ma vie est tr\u00e9pidante. Pour l&#039;instant, je fais du babysitting, juste pour cette semaine. Mais j&#039;appr\u00e9cie la routine, m\u00eame si ce n&#039;est que pour un court instant. \u00bb Je le regarde. \u00ab Je n&#039;arrive pas \u00e0 croire que tu sois l\u00e0, tu sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a semble tellement hors contexte \u00bb, r\u00e9pond-il. \u00ab Je te regarde, et c&#039;est comme si tu n&#039;\u00e9tais pas \u00e0 ta place ici, dans ce beau Paris\u2026 Et c&#039;est vraiment magnifique. J&#039;adore les b\u00e2timents, l&#039;architecture, mais il fait froid ici. Et je me souviens de toi en tenue indienne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas encore tout \u00e0 fait habitu\u00e9e au froid. Dis-moi, comment s&#039;est pass\u00e9 le reste de ton voyage ? O\u00f9 es-tu all\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C&#039;\u00e9tait bien. C&#039;\u00e9tait comme avant, mais sans toi, c&#039;\u00e9tait diff\u00e9rent. Tu sais, je suis vraiment pr\u00eate \u00e0 retourner \u00e0 San Francisco et \u00e0 commencer \u00e0 travailler dans ce cabinet d&#039;avocats. Le meilleur moment de mon voyage, c&#039;est le temps qu&#039;on a pass\u00e9 ensemble. Quand on s&#039;est s\u00e9par\u00e9s, tout a chang\u00e9. C&#039;est pour \u00e7a que j&#039;ai chang\u00e9 mon itin\u00e9raire. Je voulais te voir avant de rentrer. \u00bb<\/p>\n<p>Marion et Nicolas accourent vers nous. \u00ab Tu as faim ? J&#039;ai des biscuits. \u00bb Ils regardent Sam en silence. \u00ab Sam, voici Nicolas et Marion. \u00bb Il retire son bras de mon \u00e9paule, se penche l\u00e9g\u00e8rement en avant et tend la main.<\/p>\n<p>\u00ab Bonjour Nicolas, bonjour Marion. Comment vas-tu ? Enchant\u00e9. \u00bb Ils lui serrent la main. \u00ab Tu as faim ? \u00bb<\/p>\n<p>Les deux enfants \u00e9carquillent les yeux. Ils ne comprennent pas un mot de ce qu&#039;il dit. D&#039;une petite voix, Nicolas demande :<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019o\u00f9 viens-tu ? \u00bb Il se tourne vers moi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Est-il am\u00e9ricain\u00a0? De New York\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab San Francisco \u00bb, r\u00e9pond Sam en leur tendant le paquet de biscuits ouvert. Marion prend un biscuit et reste silencieuse. Elle le regarde bouche b\u00e9e et oublie de manger.<\/p>\n<p>\u00ab Merci \u00bb, dit Nicolas, \u00ab tu veux jouer ? \u00bb Il met le biscuit entier dans sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Nicolas, pas tant que \u00e7a dans ta bouche \u00e0 la fois. Tu sais quoi, Nicolas ? Je crois que Sam est un peu trop fatigu\u00e9 pour courir apr\u00e8s un ballon en ce moment \u00bb, je r\u00e9ponds. \u00ab Mais tu joues avec tes amis. Regarde, ils t&#039;attendent. \u00bb Il se retourne et revient en courant. Marion d\u00e9cide de s&#039;asseoir sur mes genoux et de fixer Sam.<\/p>\n<p>\u00ab Des enfants mignons. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, ils le sont, et ils se comportent bien en plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous vous souvenez de Jaipur, des singes indisciplin\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Jaipur, des singes sur les toits, oui. Ils sont assez effrayants. \u00bb<\/p>\n<p>L&#039;apr\u00e8s-midi passe et nous faisons le point sur nos vies respectives. Je dois retourner \u00e0 l&#039;appartement avec les enfants et leur pr\u00e9parer le d\u00eener. Nous v\u00e9rifions \u00e0 nouveau les adresses et les num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone. Il me promet de lui envoyer des photos de notre voyage ensemble.<br \/>\nIls arrivent un mois plus tard chez mes parents et ma m\u00e8re me transmet sa lettre. Je passe les photos \u00e0 Yvette. Des photos pleines de soleil, de sourires et de bons souvenirs.<\/p>\n<p>\u00ab C&#039;est Sam ? \u00bb demande Yvette. \u00ab Il est beau gosse, tu ne m&#039;en as pas parl\u00e9. Tu crois que tu le reverras ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sam ? Comment je le saurais ? Il est arriv\u00e9 ici il y a un mois, c&#039;\u00e9tait une surprise. Mais je n&#039;ai pas l&#039;intention d&#039;aller \u00e0 San Francisco.<\/p>\n<p>\u00ab Que fait-il d\u00e9j\u00e0 ? Avocat ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ouais. Son premier boulot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux lui \u00e9crire ? Tu devrais rester en contact. Il est beau, beau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, je vais lui \u00e9crire pour le remercier pour les photos. Les seules photos que j&#039;ai de mon voyage. C&#039;\u00e9tait gentil de sa part de les lui envoyer. Il doit \u00eatre tr\u00e8s occup\u00e9 en ce moment. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Hier, j&#039;ai re\u00e7u une lettre de Hakim. Il apportera aussi des photos. Ali m&#039;a dit qu&#039;il en avait pour toi.<\/p>\n<p>\u00ab Comment va-t-il ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ali ? D&#039;accord. Mais tu ne lui \u00e9cris pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, je ne le fais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? Pourquoi ne lui \u00e9cris-tu pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi \u00e9crire\u00a0? Le Pakistan, c&#039;est si loin. Je n&#039;y retournerai probablement jamais. M\u00eame avec des amis, les ruptures franches sont moins d\u00e9cevantes. Ali \u00e9tait un ami, rien d&#039;autre.\u00a0\u00bb Je me souviens de nos adieux, rapides, inattendus. C&#039;\u00e9tait trop dur. Je glisse les photos de Sam avec sa lettre dans mon sac \u00e0 main. \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e9crire\u00a0? Un jour, je ne recevrai plus rien. Une telle distance, et la vie m\u00e8ne les gens dans des directions diff\u00e9rentes\u00a0; les gens s&#039;\u00e9loignent. De plus, Ali et moi n&#039;avons pas besoin de nous \u00e9crire.\u00a0\u00bb En disant cela, je me souviens de son regard, de ses mots \u2013 il a maintenu mon regard dans le sien\u00a0: \u00ab\u00a0Dans l&#039;espace du c\u0153ur, nous nous retrouverons toujours.\u00a0\u00bb Je soupire et d\u00e9cide d&#039;enfiler mon manteau. Je lace mes chaussures.<\/p>\n<p>&quot;O\u00f9 vas-tu?&quot;<\/p>\n<p>\u00ab En promenade \u00e0 Notre-Dame. \u00c0 plus tard. \u00bb<\/p>\n<p><em>Photo : Denna de Morguefile.com<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Unedited excerpt of my memoir &#8211; \u00a92019 Sylvaine Francine\u00a0 I close the low gate behind me. The twins, Nicolas and Marion, run toward the children. I sit on a bench and think about Sam and India. Our fights over his drinking on dry days when no liquor can be purchased or consumed. 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