
Extrait non édité de mes mémoires – ©2019 Sylvaine Francine
La voiture s'arrête dans une cour pavée. Par la fenêtre, j'aperçois une maison – le bungalow, comme l'a appelé Jagatjit. Le bungalow se trouve à quelques mètres, une grande maison couleur pêche clair, dans un quartier de la haute bourgeoisie. Les Occidentaux feraient la fine bouche devant cette maison. Elle a l'air délabrée, pas assez luxueuse. L'humidité constante du climat a des conséquences néfastes sur tous les bâtiments. Mais je suis convaincu que ce sera un endroit formidable, avec un toit, des douches et des toilettes. J'aperçois la ligne de bus qui passe de l'autre côté de la rue. Que demander de plus ? Nous sommes prêts jusqu'à l'arrivée d'Alexis et, avec un peu de chance, Anil nous appellera bientôt. Yvette m'a tant parlé de lui.
Nous sortons de la voiture en titubant. J'étire un peu mes jambes, me mets sur la pointe des pieds, puis me cambre en arrière, les mains sur les hanches. La douceur des fleurs m'envahit. Quelle douce façon de se réveiller.
La double porte en bois sculpté s'ouvre et une femme apparaît. Un sourire joyeux révèle un ensemble
Ses petites dents blanches contrastent avec la couleur miel de sa peau délicate. Ses yeux sombres brillent d'excitation. Ses bras s'ouvrent grand. Un accueil chaleureux après trente heures de voyage. Elle nous serre dans ses bras, comme si nous nous connaissions depuis toujours.
« Namasté. Je suis Mokala, la femme de Jagatjit. Tu dois être fatiguée, quel long voyage. » Elle me tient le menton du bout des doigts. « Tes cheveux sont si courts, mais ils te vont bien. Lequel es-tu ? » Je désigne Yvette du doigt.
« Voici Yvette. Je suis Sylvaine. »
Elle sourit, visiblement heureuse de nous accueillir. Elle porte les cheveux longs avec deux barrettes pour les dégager de son visage. L'espace d'un instant, elle se retourne, à mi-chemin de la maison et, d'un bras, appelle à l'aide pour porter nos bagages. Praveen a tout déchargé. Jagatjit dit quelques mots à Mokala dans une langue que je ne connais pas.
« Entrez, s'il vous plaît. Jagatjit ne restera pas. Il part travailler. Je vais vous montrer votre chambre. Vous vous y plairez. Nous vivons dans un quartier calme. Ne vous inquiétez de rien. Prenez d'abord une douche, vous vous sentirez reposé, puis le petit-déjeuner. Tout est prêt. »
En trente secondes, elle a dit tout ce qu'un voyageur aimerait entendre. Quels beaux yeux, je trouve, amicaux et joyeux. Un tailleur punjabi couleur émeraude, moulant à la taille, met en valeur sa silhouette élancée.
Nous entrons et laissons nos chaussures à côté de ses sandales, dans le hall, et la suivons plus loin dans la maison. Finalement, elle ouvre une porte.
Photo : Pawankawan de Morguefile.com


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