
Extrait non édité de mes mémoires – ©2019 Sylvaine Francine
Sur le trottoir, un commerçant affairé vend des assiettes. Le bhel est mon plat épicé et croquant préféré : des nouilles sèches sur un lit de légumes, le tout surmonté de quelques crackers plats qui peuvent servir de couverts. Ça rend le dîner facile et… savoureux. Je demande du thé. La boisson chaude éliminera, je l'espère, toutes les bactéries et tous les virus.
Un mendiant s'approche, un bras tendu, la main ouverte. Il porte l'autre main à sa bouche, doigts joints, indiquant qu'il a faim. Il marmonne quelques mots, passe d'un commerçant à l'autre. On lui dit de s'éloigner. Il marche lourdement, puisant en lui la force de continuer. Avec le thé chaud déjà dans ma main, je ne peux pas ouvrir mon sac à main ni mon portefeuille, sans risquer de renverser du thé brûlant sur quelqu'un. Le mendiant s'approche. Ses vêtements, aussi sales que le sol sur lequel nous nous tenons, son regard appelle un peu de compassion. La femme à côté de moi commande une assiette pour lui. Elle paie le prix fort pour une assiette que le commerçant ne remplit pas complètement. Reconnaissant, le mendiant joint les mains sur son cœur et la remercie. Il les ouvre à plat devant lui et lui adresse ses bénédictions dans une langue que je ne connais pas encore.
Chaque jour, dans ce pays, j'apprends de personnes bienveillantes que la pauvreté et la faim sont la responsabilité de tous. Des personnes bienveillantes comme cette femme témoignent de l'intérêt que porte la communauté aux pauvres. Tout le monde ne détourne pas le regard. L'humanité est vivante.
Photo : Adiyogi de Morguefile.com


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