
Tu n'aimes pas mon bureau vertical ? Je peux le déplacer et travailler où je veux. Sur le porche, je m'installe à la table ronde. Je la place à côté du canapé où je m'assois. J'adore le déplacer jusqu'à la chambre, j'étale tout sur le lit. Il me rappelle mes années d'étudiant à Paris.
Extrait non édité de mes mémoires – ©2019 Sylvaine Francine
En revanche, j'ai une belle vie à Paris : étudiante, avec un emploi à temps partiel et un chez-moi. En quittant la Rive Gauche, j'ai loué deux chambres à la limite du Marais. J'aime bien mon nouvel agencement ; chaque chambre a une grande fenêtre donnant sur la cour. Loin des boulevards bruyants, j'apprécie le calme. Seul bémol : les deux chambres sont situées aux extrémités opposées du septième étage. Le matin, je passe d'une chambre à l'autre, m'arrêtant aux toilettes communes. Il fait un froid glacial.
Sans électricité, la première pièce ne peut accueillir qu'un matelas posé à même le vieux parquet et mon réveil de voyage à piles. Mon sac à dos est appuyé contre le mur et me sert toujours de commode.
Sur le lit, j'étale mes livres et mes notes de cours et, à la lueur des bougies, j'étudie. J'ai soigneusement fixé quelques grandes bougies sur un plateau en plastique. Je peux aussi utiliser une lampe de poche si besoin. Toujours coiffé de mon bonnet et de mes gants, appuyé contre le mur, je réchauffe mon lit pour plus tard. Je me dis que je n'ai pas besoin d'électricité pour dormir. Avec un plafond bas et à double pente, je me cogne la tête à plusieurs reprises, puis, machinalement, je la garde baissée.
Au bout du couloir, la deuxième pièce, spacieuse, mesure douze mètres sur douze. Elle est équipée de l'électricité et, dans un coin, d'un évier en céramique blanche et de l'eau froide courante, que j'utilise pour me laver et faire la lessive. Avec son carrelage octogonal rouge au sol et sa fenêtre donnant sur la cour, j'aime cette pièce baignée de lumière. Cet espace luxueux est équipé d'un petit meuble sur lequel je prépare mon porridge du matin sur mon tout nouveau réchaud de camping à un feu. L'étagère en dessous abrite quelques plats. Un mois après mon emménagement, j'achète au BHV une élégante estrade blanche stratifiée, soutenue par deux tréteaux métalliques brillants. Il me faut deux allers-retours pour la porter jusqu'au septième étage, mais elle est parfaite pour manger mon porridge, écrire des lettres et réviser. Sur ma table multifonction, j'empile mes livres d'école et tout ce que je veux garder à l'écart du sol.
Au-dessus, j'accroche au mur deux posters de tableaux impressionnistes qui apportent de la couleur à la pièce. Je peux facilement ranger ma seule chaise en bois et pliable.
De l'autre côté de la cour, deux étages plus bas, l'appartement d'un chirurgien offre de nombreux divertissements. Ce grand logement parisien s'étend sur tout l'étage. Meublé avec goût, il me rappelle la maison de mes parents. L'année dernière, la femme du chirurgien s'est suicidée et, maintenant que le temps est révolu, je le vois parfois danser d'une pièce à l'autre en attendant sa petite amie. Je suis heureux pour lui.


Laisser un commentaire