
Extrait non édité de mes mémoires – ©2019 Sylvaine Francine
Mes grands-parents, Eugène et Marguerite, ont quitté la rue des Trous du Cul Percés pour une maison baignée de lumière dès que le soleil la frappe. Une cour s'étend devant, et derrière les deux parterres de fleurs et le portail en fer de deux mètres de haut, la pompe à eau de la rue se dresse, juste là, bien pratique. Il y a l'eau courante dans la cuisine, mais je me souviens que je remplis des seaux d'eau glacée pour ma grand-mère, que je les porte péniblement, m'éclaboussant toujours les jambes et mouillant mes chaussettes et mes chaussures.
Simplement meublée, la cuisine, plus grande, s'ouvre sur l'extérieur grâce à deux grandes fenêtres. Juste à côté, la chambre – j'aime cette chambre lumineuse et aérée, qui sent la cire d'abeille utilisée pour polir les meubles en bois. Je me suis laissée tomber en arrière sur le lit, sentant la grande couette moelleuse se dérober autour de moi. En hiver, une légère odeur de moisi émane des murs. Sans chauffage, cette pièce est froide et humide. Les toilettes extérieures ne sont toujours pas mes préférées, mais je grandis, et je m'en fiche.
En hiver, ma grand-mère Mémé et moi jouions à un jeu de société : « Les petits chevaux, un jeu de Dames ». Je gagne toujours, elle me laisse gagner. Ensuite, on fait des crêpes. Elle ajoute toujours du sucre à la pâte. À cause de ça, les crêpes brûlent un peu avant d'être cuites. Ma Mémé n'est pas une bonne cuisinière, mais le résultat final ne me dérange pas.
Au printemps, Meme m'emmène à la cabane, au fond du jardin, et me confie les jeunes lapins tremblants. Ils ne sont pas faciles à manipuler, mais elle me fait confiance. Nous leur donnons les herbes qu'elle a cueillies au bord des chemins et m'apprend à distinguer les bonnes herbes des inutiles, m'apprenant ainsi les bases de la vie rurale, car je suis censée épouser un jour un riche fermier.
Parfois, elle m'emmène dans leur chambre, s'essuie les mains sur son tablier et, l'excitation dans les yeux, découvre lentement de sous la couette les jeunes poussins tout doux nés ce jour-là. Elle les garde au chaud quelques heures avant de les rendre à leur mère. Bien au chaud sous l'immense couette en plumes qui ressemble à une montagne de duvet, ils commencent à crier doucement. Nous nous asseyons au bord et nous émerveillons ensemble devant ce nouveau miracle de l'année. Doucement, elle m'en tend un et je le garde précieusement au creux de mes mains. Je le porte à mes joues, savourant la douceur de leur duvet fraîchement séché.


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